Estampes
2026-01-15

Avec Michel Bertrand

Avec Michel Bertrand

A partir d’un certain nombre d’heures de vol, les nouvelles en provenance de l’entourage ont tendance à être mauvaises. Celle-là l’est !… et elle arrive vraiment trop tôt : Michel Bertrand est parti brutalement au milieu de sa soixantaine en ce début d’année 2026.
Depuis de nombreuses années, il s’était retranché dans ses montagnes savoyardes et méprisait volontiers la frénésie citadine. Et pourtant c’est dans les villes comme Lyon et Paris, dans leurs imprimeries traditionnelles préservées, dans l’univers des éditions d’art, qu’il a excellé en accouchant de nombreux artistes dans la réalisation d’estampes. Scanreigh a le souvenir d’un technicien inventif, audacieux, volontiers expérimental (surtout en lithographie) le poussant dans ses derniers retranchements parfois à la limite du conflit. Il pouvait aussi être facétieux faisant livrer un énorme tronc d’arbre dans l’atelier de Villefranche-sur-Saône soi-disant pour encourager le sculpteur qui sommeillait en Scanreigh. Une autre fois, il l’a entraîné dans ses montagnes sur des petits sentiers superbes mais éreintants pour les non initiés. C’était une personnalité paradoxale, aussi bouillonnante et rebelle que discrète, fuyant les mondanités et tous les codes de la notoriété.

Michel Bertrand immanquablement de dos dans l'atelier de Bordeaux en 1990

A tel point que dans nos archives aucun objectif n’a saisi son visage pendant toutes ces années où Scanreigh a travaillé avec lui. (Aussi le site Les Maîtres et leurs élèves  me pardonnera de lui emprunter l’unique portrait de Michel Bertrand que j’ai trouvé).

Le tandem Michel Bertrand/Scanreigh a commencé à l’URDLA en 1983, dans un vieil atelier sombre qui se trouvait boulevard Stalingrad à Lyon. Puis l’atelier s’est installé à Villeurbanne dans des locaux vastes et clairs, plus ouverts au public. L’association salvatrice des presses patrimoniales de ce remarquable atelier a confié la direction à Patrice Forest. Le duo Forest/Bertrand en a dynamisé et modernisé le fonctionnement en invitant des artistes renommés à venir y travailler. Mais une profonde divergence de vue dans la conduite des opérations a opposé le duo à l’association de tutelle. Les licenciements qui en ont résulté ont attisé une lutte partisane de part et d’autre qui a durablement marqué le microcosme artistique lyonnais. Patrice Forest et Michel Bertrand sont partis fonder les éditions ITEM à Paris.
Difficile de choisir dans les œuvres sur papier des années 80/90 pour rendre hommage à Michel Bertrand. En voici quelques unes :

à gauche : L’envers du langage, 1989, Gravure sur linoléum en 3 couleurs, 63,5 x 44 cm [81 x 61 cm], Éditions Item, Paris, 22 épreuves et 4 E.A. sur Arches
à droite : Des clefs les plus variées, 1989, Gravure sur linoléum en 3 couleurs,  61 x 44 cm, [81 x 61 cm], Éditions Item, Paris, 22 épreuves et 4 E.A. sur Arches
à gauche : La façon dont on est ange, 1989, Gravure sur bois en 4 couleurs, 85 x 45,5 cm [97 x 63 cm], Éditions Item, Paris, 23 épreuves et 4 E.A. sur Japon
à droite : Les voyages et les rites, 1989, Gravure sur bois en 4 couleurs, 77,5 x 47,5 cm [97 x 63 cm], Éditions Item, Paris, 27 épreuves et 4 E.A. sur Japon noir

Pour les éditions les plus spectaculaires réalisées avec Michel en 1990 sur les presses du Musée de l’Imprimerie de Bordeaux, on peut se référer au billet déjà publié.

Livraison "facétieuse" d'un tronc d'arbre par Michel Bertrand dans l'atelier de Villefranche.