
Rue Balaÿ à Saint Etienne, nos appartements sont distants de quelques numéros, celui des Semin/ Monfort et le nôtre. Didier Semin est assistant de Bernard Ceysson au musée. Scanreigh est prof aux Beaux-Arts depuis la rentrée 1978. Il est à peine plus vieux que ses étudiants. Des affinités se tissent, quelques étudiants « passent à la maison ». Un jour Philippe Favier s’y trouve en train de montrer ses petits dessins au bic. Si mes souvenirs sont bons, il s’agissait de tanks et d’avions et de petites voitures tombant dans le vide, tout bleus, tout petits. « Oui, bien sûr, il faut continuer ! » Favier fait l'unanimité. Tous l'encouragent, les copains qui sont venus avec lui, Scanreigh le prof et moi sa femme, Didier Semin, l’assistant du conservateur. Bernard Ceysson sera très vite au courant de cet élève qui fait dans le minuscule, à contre-courant des formats amples de l’époque. Il colle ses petits choux, ses petits parasols, ses envolées d'oiseaux directement sur le mur. Bernard Ceysson ne tardera pas à consacrer à l'élève Favier une exposition au musée en 1981, au nez et à la barbe des profs de l’école, tous artistes en attente inavouée de jouir du même privilège, le musée de Saint-Etienne étant dans ces années le musée qui promeut avec le plus d’autorité l’art contemporain.
Et puis aujourd'hui… l'infinie tristesse d'apprendre cet accident de la route qui a emporté Philippe Favier le 7 mars dernier. Lui si casanier qui n'avait pas réussi à se soumettre au séjour à la Villa Medicis pourtant bien mérité. Renoncer à ce Graal romain, impensable ! En tant qu'étudiant, il avait pourtant bien voulu participer au voyage de l'école à Venise en 1979. Cette photo en témoigne.

Philippe Favier se trouve tout à droite de l'image tentant de se soustraire à l'exercice du portrait de groupe en voyage. Devant à gauche, on voit Jacques Barry, en prof accompagnateur et pantalon blanc, à coté de lui, le brun à lunettes, c'est Philippe Ducas, futur graphiste de talent, qui s'est fait la main avec le premier catalogue de musée de Favier en 1981. Le moustachu souriant est Philippe Louisgrand, l'autre prof accompagnateur avec Scanreigh qui sort la tête en haut à droite. Cette année 1981 a aussi été celle d'une exposition de Ben au musée de Saint-Etienne… avec ce cliché de Philippe Favier en compagnie de Denis Laget pris dans l'exposition. On comprendra pourquoi j'ai hésité à la publier…

La dernière fois que nous avons vu Philippe Favier, c’était à la Villa Balthazar à Valence en 2020 pour l'exposition « Rinascimento », (Scanreigh, Sophie Dupré, Jean-Marc Saulnier). Favier avait fait un saut rapide en voisin. Par gentillesse, l’œil malicieux tel qu’en lui même, amical et délicat. Pour la délicatesse, je ressors ces vœux miniatures pour je ne sais plus quelle année.

Il y a eu entre Scanreigh et Philippe Favier une belle complicité prof/élève qui s'est jouée autour de la gravure. Pour les deux, c'était un champ d'expérimentation excitant. Scanreigh a édité ses premières gravures. Quand Philippe a eu la géniale idée de graver le métal de boîtes de conserves, nous avons publié cette série dans notre revue Avant-guerre dont j'ai déjà parlé ici.

Je pensais faire un billet sur Philippe Favier… mais pas sur ce ton là… et je regarde les flamants roses au dessus de mon bureau, une œuvre que nous lui avions acheté dans son atelier de Saint-Etienne peu avant de quitter la ville…
F.B.
