Voici un billet qui peut paraître hors sujet. Il est consacré à « Nuée bleue » un récit que j’ai publié récemment et dont voici la 4e de couverture :

«Nuée Bleue» est un témoignage sur l’écrivain et journaliste Jean-Claude Charles. Il entrecroise la mémoire d’une rencontre improbable dans le Strasbourg estudiantin du début des années 70 et le sort littéraire qu’en connaîtront certains détails, dix ans plus tard, quand l’écrivain traduira sa vie en fiction. Et il faudra encore un quart de siècle au récit «Nuée Bleue» pour s’écrire. A la fois remémoration et plongée dans l’œuvre romanesque, ce texte éclaire de manière inédite certains procédés créatifs de l’écrivain.

En 2010, alors que j’essayais de savoir si en tant que journaliste Jean-Claude Charles s’était exprimé sur le très grave séisme qui venait de se produire en Haïti, j’ai appris qu’il était mort depuis 2 ans. J’ai commencé à écrire pas tant pour les vieux souvenirs ravivés que pour l’expérience qui a suivi. Bien que connaissant ses premiers livres, je n’avais jamais lu ses romans, ce que j’ai fait alors, découvrant à mon grand étonnement de discrets détails qui se rapportaient à moi.

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Et Scanreigh dans tout ça ? A Strasbourg en 1973, j’ai visité en compagnie de Jean-Claude Charles la librairie « Les Idées et les Arts »  où se tenait une exposition de peinture minimaliste, des déclinaisons gris-bleu-rose qui lui parlaient plus qu’à moi. Nous ne savions rien de cet artiste, un certain Skanreigh (avec k !), et je ne me doutais pas que j’allais le rencontrer 18 mois plus tard. Le lieu dirigé par Michèle Hervieux, une libraire atypique voyait défiler tous les branchés strasbourgeois de l’époque. Une des premières expositions du mouvement Supports/Surfaces s’y est tenue et c’est là que Jean-Claude-Charles a signé son 1er livre « Négociations » et que Skanreigh a exposé ses premières toiles.

Dans son 2e roman, Manhattan Blues, Jean-Claude Charles évoque indirectement la période de rupture esthétique qu’ont connu nombre de créateurs au tournant des années 70/80 cherchant à s’extraire du formalisme expérimental de leurs débuts. Ce fut le cas de Jean-Claude Charles dont l’écriture est devenue plus classique et romanesque. Son roman a été salué par Marguerite Duras et Le Monde lui a consacré une double page en octobre 1985. La même année, Scanreigh achevait lui aussi une mue qui le faisait renouer avec les pinceaux et la figuration. Trop tôt pour Jean-Claude Charles, qui a connu Scanreigh, de le constater.
Et moi de m’étonner en lisant Manhattan Blues que l’auteur fasse dire à son héroïne (qui s’appelle Fran et qui vit avec un peintre à l’apogée du néo-expressionnisme ambiant) qu’elle connaît et aime tout autant un autre peintre à la démarche minimaliste, clean et reposante.
Ce ne sera pas le seul de mes étonnements.
Pour finir ceci. Dans Nuée Bleue, je relate l’extraordinaire constat que je fis en décembre 2007 :

Qu’une pièce de théâtre tirée d’un roman de Jean-Claude Charles fût jouée à Nîmes quelques mois après mon installation dans cette ville était une coïncidence défiant l’imagination. D’autant que l’étoile de l’auteur avait pâli, que ses livres devenus introuvables n’étaient pas réédités. Malgré cette adversité, il existait un lieu sur la planète qui faisait revivre celui dont j’avais partagé l’émotion à la sortie de son premier livre, un lieu où des projecteurs se braquaient sur la dernière manifestation publique de son vivant.

Ce lieu était le « Théâtre 7 » que je me suis empressée de contacter. Lors d’un dîner évoquant Jean-Claude Charles à qui nous devions notre rencontre, les deux animateurs du théâtre ont demandé à Scanreigh de réaliser des éléments de décor pour une pièce qu’ils étaient en train de monter.
Ainsi s’entrecroisent les fils du destin.
Je dois préciser qu’au moment de la rédaction du livre en 2010, l’œuvre de Jean-Claude Charles n’avait pas été rééditée.
Ce sera fait à partir de 2015 par les éditions Mémoire d’Encrier à Montréal.

J’ai fait don de mes modestes archives « Nuée bleue » (correspondance, fragments divers, 2 petits portraits de JCC au crayon, notes de rédaction, etc) au fonds Michel Chomarat à la bibliothèque de Lyon.
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Nuée bleue est édité sous notre cher label « La Mule de Cristal » qui en vu d’autres.
ISBN 978-2-9574310-0-7 (15 €)
Pour l’instant en vente chez moi
Françoise Biver
fr.biver (at) scanreigh.com