rego art Nous aurions pu en parler dans ce blog à l’époque. Nancy Houston dans Libé ce lundi 17/03/12 me culpabilise un peu en me rappelant l’exposition Paula Rego à Nîmes en 2008. Elle termine son article sur cet appel vibrant  :

« soyez en avance sur les professionnels ; expliquez-leur qu’une grande rétrospective Paula Rego au centre Pompidou ou au musée d’Art moderne de la Ville de Paris est une nécessité absolue, et que vous n’en démordrez pas avant de la savoir programmée. »

rego expo

Nous étions « en avance » et je n’y suis pas complètement étranger. J’ai pour ma part découvert Rego à la Foire de Bâle au début des années 2000. Attirant l’attention du directeur de l’école des Beaux-Arts de Nîmes, Dominique Gutherz, sur ce travail, j’apprends qu’il a lui aussi eu l’occasion d’apprécier un dessin de l’artiste chez son ami Yves Bonnefoy. A notre convergence de vue se greffe ensuite le hasard d’une judicieuse rencontre selon l’adage « the right man at the right place » qui fait le reste. En 2008 une exposition des travaux graphiques de Paula Rego est inaugurée dans les belles salles d’exposition de l’école. Une sorte de première en France. Paula Rego a fait le déplacement. Philippe Dagen a consacré un article dans le Monde et un article signé Jérôme Lebrun et Thérèse Moro est paru dans Artpress.

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Nancy Houston cherche à comprendre ce qui fait obstacle au manque de visibilité de Rego en France. Il y a les thèmes dérangeants de l’avortement, du trafic sexuel des jeunes femmes, l’excision peu abordés dans la tradition picturale occidentale mais le problème majeur selon elle c’est la “narrativité” des œuvres :

« L’artiste dialogue en permanence avec la littérature : romans du XIXe siècle, nursery rhymes, contes de fée, Evangiles, films de Disney, pièces de théâtre contemporaines (dont les Bonnes de Genet), Métamorphose de Kafka ou encore l’histoire de sa propre vie. »

Bien trop de narration pour la domination formaliste pure et dure des faiseurs d’opinion, et trop d’émotion… en tout cas pas la bonne.

« En effet, tout comme «narratif» est devenu synonyme d’«anecdotique», «émouvant» est de nos jours vite ramené à «mièvre», assimilé à la faiblesse et à la féminité. C’est pourquoi bien des artistes femmes qui se veulent «branchées» s’acharnent, parfois même plus radicalement que les hommes, à faire de la peinture «conceptuelle et politique» et à extirper de leur travail tout ce qui pourrait ressembler à une émotion. Rego ne le fait pas ; sa peinture s’adresse à nos tripes bien davantage qu’à nos méninges, et c’est ce qu’on ne lui pardonne pas. »