spears l’Exposition Miles Davis qui a fait un tabac à la Cité de la Musique à Paris a inspiré à André Spears un texte très fouillé à la fois sur le dispositif de l’exposition et le dialogue complexe du jazzman avec son temps. Spears dit, qu’à lui seul, Miles fournit la bande-son de l’après seconde guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide. Ce sont les ramifications de cette inventivité musicale vers la création en général qu’il tient à souligner. Il y a bien sûr l’engouement de Miles Davis pour la peinture à partir du milieu des années 80 qui aura un effet régénérateur donnant naissance à des œuvres en résonance avec l’art d’un Basquiat, par exemple.
L’autre ramification qui intéresse Spears part du Miles Davis « électrique » dénigré par certains puristes. Spears au contraire insiste sur sa légitimité et sa connexion avec la création poétique. Il note que le retrait de Miles Davis de la scène artistique entre 1975 et 1981 coïncide avec un moment où la poésie américaine se repositionne et s’engage sur des pistes laissées inexplorées. Il souligne le parallélisme entre ces changements et les contreverses qui ont accompagné le devenir électrique de Miles Davis, comme celui de Bob Dylan d’ailleurs. Le décloisonnement du jazz vers les formes créatives de la scène pop-rock-rap est un phénomène qui s’observe aussi en poésie et dont les formes du renouveau sont profondément inscrites dans la révolution technologique qui lui est contemporaine. D’ailleurs Spears ne craint pas les contresens en intitulant son article Trumpet of the Digital Apocalypse, terme au sens premier de révélation et non au sens commun de fin d’un monde. Et bien qu’il s’agisse effectivement de la fin d’un art ancien. Et après Miles que sera la poésie ? Cette question, Spears se la pose d’autant plus qu’il est lui-même engagé en poésie.
davis
C’est d’ailleurs par la voie transfrontalière entre l’art plastique et de la littérature que Scanreigh et André Spears se sont rencontrés à New York en novembre 2000. Scanreigh présentait à la Columbia University ses placards réalisés avec les écrivains et les poètes. Par un enchainement quasi naturel est née l’idée de collaborer. Cela a commencé par deux livres d’artiste puis s’est poursuivi par un projet de 50 estampes basées sur les expressions françaises passées dans l’anglo-américain. Chacun des placards commence par « Like » suivi d’une combinaison logico-poétique, une sorte de greffe linguistique dans l’icône. Quelques exemples de cette collaboration seront présentés en avril au Cabinet d’Amateur à Paris, puis en 2011 un ensemble beaucoup plus important à la Bibliothèque du Carré d’Art à Nîmes.

L’exposition WE WANT MILES, Le Jazz face à sa légende initiée par la Cité de la Musique à Paris s’est terminée en janvier 2010 et voyagera au Musée des Beaux-Arts de Montreal (30/04/10 - 29/08/10 puis à New-York.

On peut lire l’étude complète d’André Spears Trumpet of the Digital Apocalypse : We Want Miles” at Le Musée de la Musique ici:

André Spears a publié :
Letters from Mu (Part I) avec des dessins de Gilgian Gelzer, chez Voix Éditions, Elne
Letters from Mu (Part II) chez First Intensity Press à voir ici
Xo: A Tale for the New Atlantis à voir ici


Livres d’artiste avec des dessins de Scanreigh :
Lost in space, Éditions du Paon-Saint-André, Paris (épuisé)
United States, Éditions de l’Oiseau qui dit tout, Bruxelles (épuisé)

(portrait d’André Spears par Anne Rosèn)