On n’y pensait plus, cela remontait à 1993 ! Un épisode tout à fait anecdotique à propos de chaussures d’artistes, une idée comme seule la patrie de Magritte sait en produire ! Reconnaissons toutefois qu’entre les bottes à orteils dudit Magritte, les godillots du père Van Gogh, les escarpins warholiens et tant d’œuvres inspirés par-pour-avec-autour de la godasse, les instigateurs du projet “tatanesque” ne manquaient pas de stimuli.
Un jour donc, une demande saugrenue est adressée à Scanreigh d’envoyer une “chaussure d’artiste” pour constituer une collection. Drôle. Facile à exhausser. Va pour une savate d’atelier, ready-made portée par Scanreigh himself, authentiquement maculée par le labeur, et vaguement “rectifiée”, comme dirait Marcel, de quelques ziglouglous sur la semelle intérieure. Hop ! Une fois expédiée, nous n’avons pas cherché à en savoir plus, jusqu’à l’oubli complet.
tandem
photo “empruntée” au site SHOES OR NO SHOES ?

Voilà que l’idée refait surface, pardon le MUSEE, car l’idée a prospéré jusqu’à se transmuer en institution – excusez du peu ! Ce n’est pas la citrouille qui se fait carosse mais la pantoufle de vair qui a fait des petits. Rien ne vaut le détour sur l’impeccable site SHOES OR NO SHOES ? pour comprendre de quoi il s’agit. Et le cher musée en redemande ! Il ne tombe pas au mieux après le tri drastique dans les grolles, consécutif au déménagement récent. Faudra voir.
Cette histoire m’en rappelle une autre parce que son épilogue eut lieu à Romans, haut-lieu français de la chaussure. À la demande d’Hubert Besacier, je m’étais occupée du catalogue d’une opération qui réunissait des designers et des entreprises : Tandem. tandem Trrrrès années 80 comme esprit. 20 ans après, le sort de la savate de Scanreigh me fait penser à ce catalogue qui aborde entre autres le design de chaussure, et dont la couverture devait être réalisée dans une sorte de caoutchouc en relief mais qui s’avéra impossible à faire. Pas d’argent, pas assez de temps, non plus. Bref, elle fut platement imprimée en offset ; le résultat est bizarre. Dans l’urgence, l’imprimeur Jean-Pierre Huguet à Saint-Julien-Molin-Molette (j’adore ce nom!) m’hébergea même une nuit. Au dîner, il servit un excellent Saint-Joseph et c’est depuis cette soirée que j’aime à servir ce vin. L’attachée de presse de l’opération était une petite-fille de Picabia, une figure de roman haute en couleurs, à l’aplomb incroyable, épuisant autour d’elle son petit monde. C’est sans doute grâce à elle que j’ai eu droit à une visite privée dans les collections passionnantes du fabricant Charles Jourdan. L’exposition Tandem eut lieu dans le Musée de la Chaussure.
mourgue Je me demande si la collection de chaussures du musée n’a pas supplanté dans mon souvenir l’exposition à laquelle je participais … Ah si, il y avait ces bottines dessinées par Mourgue pour Clergerie, que j’aurais volontiers intégrées à ma garde-robe.