julien dore Quand j’ai débarqué dans le staff enseignant de l’école des beaux-arts de Nîmes, je ne pensais pas me fendre d’un couplet aussi paillettes à propos d’un étudiant. Tout arrive… Celui qui a débarqué cette année avec son ukulélé dans le casting de la Nouvelle Star sur M6 – oui, c’est bien de ce Julien qu’il s’agit – avait des antécédents. Françoise, regardant la télé à Lyon pendant que j’étais à Nîmes, me demande un soir au téléphone si je connais cette recrue des Beaux-arts de Nîmes qui crève l’écran (et mettra en péril le rimmel de Marianne James…). Oui, je le connais. Pendant deux ans, je l’ai vu endosser le rôle d’un genre assez répandu dans les écoles d’art, celui de l’étudiant omniprésent, amuseur de galerie, sans qu’on sache très bien où il veut en venir (plastiquement parlant) - et risquant de se piéger lui-même dans la figure de l’agitateur potache de sa promotion. D’ailleurs, le diplôme de fin d’études, il l’a décroché en rase-mottes. Bref, le souvenir de ses actions, de sa présence, primait sur le reste. La référence à Duchamp, dont il se targue, ne manque d’ailleurs pas de justesse. Julien Doré était et reste un excellent metteur en scène de sa personne, c’est même à ce titre qu’il hante les vignettes de la plaquette de l’école. (un collector, avis aux fans de tous poils  !) Toujours là pour la photo. Bon, il faut être physionomiste, prendre une loupe, mais il est bien là, Julien, en parodie de maya desnuda, revival de Rrose Selavy, barette à cheveux en guise de chapeau — mais portait-il déjà sa barette ?
Un jour, lors d’une fête réunissant profs et élèves dans un karaoké local, j’ai eu l’occasion d’entendre Julien chanter. L’activiste de l’école qui pouvait donner l’impression de brasser du vent savait chanter, c’était évident. La corde de cet arc ( secondairement plasticienne) avait en effet pu échapper à ses maîtres.
julien dore Mais si le souvenir des actions beauzartiennes au énième degré du jeune Doré primait sur sa production, je peux me prévaloir de posséder un trophé de lui, très concret, et qu’il m’a personnellement dédicacé :
“Pour Scan, le 25.06.04”. L‘œuvre est rudimentaire et bien plus ready made que son air art brut ne laisse supposer. Sur le moment, j’ai dit devant mes collègues que j’avais acheté une sculpture à un élève pour quelques centaines d’euros. En fait de transaction, Julien me l’a cédée parodiquement pour quelque menue monnaie qui traînait dans ma poche à ce moment là. A coup sûr, le chanteur a fait monter la cote du plasticien, car Julien n’a sans doute pas complètement renoncé à être plasticien.