LacoueL’annonce de la disparition de Philippe Lacoue-Labarthe résonne étrangement dans ce climat de partance qui est le nôtre actuellement. En écoutant vendredi soir, 2 février, l’hommage d’Alain Veinstein sur France-Cuture, je préparais la visite d’un nouvel appartement, avec en surimpression le souvenir ravivé d’un autre départ. C’était Strasbourg que nous quittions. Dans cette ville, Philippe Lacoue-Labarthe formait avec Jean-Luc Nancy un duo philiosophique en pleine ascension marquée en 1978 par la parution de L’Absolu littéraire au Seuil. Lacoue était pour nous une des figures familières du petit milieu que nous fréquentions. Lorsque Scanreigh et moi nous nous sommes lancés dans la création d’une revue d’art : “Avant-Guerre, sur l’art, etc” à la charnière des années 70 et 80, cela allait pendant quelques années nous maintenir en contact avec lui — via Christian Bernard. Il était question de faire entrer Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy dans le comité de rédaction de la revue, AG ce qui dans le contexte d’alors n’avait rien d’extraordinaire puisque tout ce que Strasbourg comptait d‘avant garde (terme non encore déprécié) dans les sciences humaines, le théâtre et les arts plastiques s’excitait mutuellement à se croiser et à se mêler.
Malheureusement, la collaboration de Philippe Lacoue-Labarthe et de Jean-Luc Nancy a fait les frais du pouvoir “collégial” de la revue, pas toujours au diapason, et surtout frappé de dispersion géographique au moment même où elle se créait (la région Rhône-Alpes ayant aspiré les fondateurs, nous les premiers, entre 1978 et 1982).
Philippe Lacoue-Labarthe avait signé un article (10 pages) sur la Biennale de Venise de 1980, intitulé Venise, Légendes assorti de 22 reproductions de bonne taille… en noir et blanc — eh oui !!! — fallait être parcimonieux avec la quadri, et la PAO était encore dans les limbes ! De ces rapports désormais lointains — devenus pour Philippe Lacoue-Labarthe sans doute insignifiants — il reste pourtant une trace bibliographique associant son nom à celui de Scanreigh.
Lacoue
Un catalogue trilingue (Français/Allemand/Anglais) édité pour une exposition à la galerie Dominique Marchés en 1981, intitulé Scanreigh, l’épreuve du silence. L’esthétique abstraite et minimaliste de Scanreigh était en phase avec l’air du temps, soucieuse de faire coïncider la vision et le verbe théorique. Ressentant la perversité de la situation, Scanreigh a cherché à s’échapper du carcan, ce qui l’a conduit à prendre l’air du temps à rebours. Aucune rencontre ultérieure avec Philippe Lacoue-Labarthe n’a permis de donner une suite à la première approche du travail de Scanreigh.
En relisant son texte 26 ans après, je le trouve “malin”, extrêmement balisé. Plus rien ne coïncide, mais rien n’est périmé. Habileté ? Prudence intelligente ? Dans mon rôle d’intermédiaire dans la réalisation du catalogue, et de maquettiste-secrétaire de la revue Avant-Guerre, sur l’art, etc, j’ai eu à lui écrire, et pour moi, Philippe Lacoue-Labarthe, c’était une écriture — au sens manuscrit. Une écriture en pattes de mouche, extrêmement régulière et maîtrisée, intrinsèquement étrangère à la moindre rature. Les écritures manuscrites me fascinent ; je ne les regarde pas en graphologue, mais comme les traits d’un visage, comme une physionomie. Celle de Philippe Lacoue-Labarthe était d’une perfection énigmatique… et pour tout dire un peu inquiétante.
Lacoue http://lacoue-labarthe.solidether.n…