tondo Palettes & Tondi
Galerie Claudine Lustman
111, rue Quincampoix
75003 PARIS
10 juin - 10 juillet 1993

Dossier de Presse
Pour la 3e année consécutive, la galerie présente un ensemble d’œuvres de Jean-Marc Scanreigh. Contrairement aux deux expositions précédentes qui se voulaient représentatives d’un moment cohérent de la production de l’artiste, il s’agit cette fois-ci de confronter des démarches différenciées, tant du point de vue des techniques que des supports utilisés.

Les châssis classiques ronds, les tondi, voisinent avec des supports “sauvages” en bois, les palettes. Les parti-pris esthétiques ne sont pas en rupture avec ce que l’on connaît de l’artiste depuis plusieurs années, simplement ces œuvres doivent désormais composer non sans conséquences avec la technique de l’huile qui remplace ou se combine à l’acrylique précédemment utilisée. Enfin, plus que jamais, des éléments de récupération interviennent dans leur composition, à commencer par le support lui-même dans le cas des palettes. Quoi qu’en suggère la malicieuse homonymie avec l’objet archi-emblématique de la peinture, elles sont de triviaux plateaux de bois brut conçus pour les chariots élévateurs à fourches qu’on utilise dans la manutention des marchandises. Scanreigh les détourne de leur univers, leur fait subir d’importantes mutilations et restructurations en vue d’une composition picturale.
tondo

Ce n’est pas un hasard si resurgit de ces planches la forme du tondo toujours “renaissante’ et jamais abandonnée de la modernité. Scanreigh se plaît à la reprendre non pas au sens d’un revival mais pour lui opposer à travers des lattes roturières sa version diffractée, revue et corrigée.

Qu’il s’agisse de composer le support ou la surface, des éléments de récupération viennent s’y greffer dans un compromis qui fait revenir au bercail de la peinture tout ce qui au départ n’en était que vaguement ou pas du tout. Ainsi en va-t-il des plaques de cuivre ayant servi aux eaux-fortes, des matrices de bois gravés, des estampes “recalées”, toutes choses de bric et de broc dont il reste quelque chose à sauver et qui soudain vouées au huis-clos imposé par le peintre payent leur survie d’un somptueux enfer de pigments métallisés et de couleurs macrophages.

* Le tondo (pluriel tondi) abréviation de l’italien rotondo rond est un tableau rond d’adoption florentine du Quattrocento. Son origine proviendrait des célèbres dischi da parto, plateaux peints et décorés sur lesquels on présentait des cadeaux aux femmes venant d’acccoucher, avant de les accrocher aux murs de la chambre comme ornements. Massaccio (141-1428) est le premier à pleinement célébrer cet objet artisanal dont s’inquiétait déjà Giotto (1266-1337) et qu’adoptèrent également Fra Anglico, Veneziano, les Lippi, Boticelli, Le Perugin avec de fréquents thèmes de Vierges à l’enfant. Sans doute voit-on même le tondo poussé jusqu’à sa forme parfaite avec les Madones de Rapaël, ou la Sainte Famille de Michel-Ange.

Extrait de Le Tondo Aujourd’hui, Centre Culturel de l’Yonne, 1992-1993