Diogène Au 29 de la rue Saint-Jean, dans le 5e à Lyon, la librairie ancienne et moderne Diogène fait partie des résistants à la disneylandisation des vieux et beaux restes de la ville. Pourquoi, penser à Diogène en ce temps de bonnes résolutions ? Parce que mes yeux sont tombés sur une chose que Lionel Brabant, un des animateurs de Diogène, a procuré à Scanreigh. Une chose qui a tout pour symboliser l’année débutante, gonflée à bloc. Pensez donc, un livre hénaurme de 12 kilos ! Si ça vaut pas son pesant de résolutions et de symbole, ça !
Balaise, quand même, ce début de XXe siècle qui vous fabriquait des machins de 50 cm par 36 cm sur 810 pages d’épaisseur. Il faut une voie détournée comme celle de Scanreigh qui collectionne les vieux grimoires pour s’en rendre compte. J’appelle grimoire, ces rossignols de librairie ancienne que Scanreigh, grâce à des complicités coupables, car internes au milieu, se procure pour les profaner graphiquement. ExtactionsQue cet espace soit un instant la tribune de mes épisodiques protestations contre certains recouvrements de certaines calligraphies ou imprimés qui mériteraient un repos immaculé. Donc, me dis-je, ici, à format impérial, sacrilège incommensurable. Mais le titre du livre une fois décrypté …Grand Livre des Extractions - Entretien des Fosses sceptiques … je ris. Le monstre n’est que l’agenda de la Société de Vidanges La Lyonnaise au service des fosses de Lyon de 1904 à 1909 !!! Un livre à la mesure du besoin élémentaire de salubrité publique de la capiltale des Gaules !!! Démesuré ! 2007 ne suffira pas à Scanreigh — et à son dessin compulsif — pour remplir ce codex (c’est quoi l’antonyme de vidange ?). Car ça nous fait du deux-virgule-deux-dessin-jour, sans défaillir et en plus du reste. Donc, il faudra à Scanreigh, comme il le dit lui-même, de la patience d’allumetto-constructeur… plus la table, car le problème du constructeur de bateau en allumettes, c’est toujours et aussi un problème de table.
Bon. Le symbole des bonnes résolutions s’étant effondré, la Maison Diogène pleine de ressources, m’en fournit illicco un autre. De symbole.
Diogène
Car Lionel Brabant, qui degota le codex vidangeur, est le même qui proposa à Scanreigh de réaliser des marque-pages pour la librairie. Et ça, c’est trrrès sympathique. Une année (voire plus si affinités) à scander la lecture des clients de Diogène, c’est pas mal, et tant pis si quelques égarés, touristes avides de fétiches gratos, s’y glisseront. Le marque-page, c’est un peu comme une carte de vœux longue durée. Par rapport aux 810 pages en 50/36 cm, on y perd, c’est sûr, mais ces aériens marque-pages ne manquent pas de pouvoirs évocateurs : papiers-filtre (philtres ?) pour tester toutes sortes de parfums littéraires, ils font largement le poids face à la comptabilité constipée des fosses, fut-elle des plus sûrement pesantes. Les petites marques se volatiliseront, disparaîtront, réapparaîtront, finiront en collections. Là où rien ne se s’évacue.

PS. J’ai emprunté la façade de Diogène à FlickR dont je ne suis pas membre. Que justice soit rendue à lannig94, je pense que je fais un fair use de sa photo. La crève, la pluie m’ont retenue d’aller m’entraîner dans le Vieux-Lyon avec le Canon G7 enfin rétabli de sa chute. Le SAV de Canon ne pouvait pas garantir ses délais habituels car les techniciens n’avaient pas encore eu leur brief sur la réanimation d’un modèle aussi fraichement sorti… ça valait au moins une homologation au Guiness

2e PS : Paradoxalement cette édition d’artiste n’est pas à vendre. Elle est réservée à l’agrément du lecteur et client de Diogène. Désolée pour les signopaginophiles, nous ne sommes pas en mesure de les approvisionner ; il leur faudra aller traîner dans le Vieux-Lyon, mettre en branle leur réseau de rabatteurs rhone-alpins… À toutes fins utiles, je signale que le marque-page le plus coloré a été tiré à environ 2 000 exemplaires et le monochrome à environ 5 000. Tirage numérique.