marnie Jeudi 23 novembre, Hitchcock sur Arte. Revoir Marnie, pourquoi pas ? Dès le premier plan du film, je suis saisie. Plus d’excuse, je dois finir un billet qui traine depuis cet été.
Cela a commencé par le blog de l’unversité de Paris I Sorbonne MUCRI sur lequel j’étais tombé par hasard. Une analyse de tableau de Michel Dupré s’attardait longuement sur l’entrebaillement d’une étoffe dans un tableau du peintre danois Vilhelm Hammershøi, un spécialiste hors pair du portrait coté pile ! ham
dali Au même moment, Scanreigh était plongé dans une pile de bouquins sur Dali en vue d’une conférence. Je ne suis pas fan de Dali, mais je feuillète et je tombe sur le Portrait géodésique de Gala, l’épouse exquise, impénétrable.
Les tableaux de Hammershøi et de Dali se téléscopent dans ma tête, et maintenant les images de Marnie. Hitchcock n’a décidément rien à envier aux peintres dans l’art de fusionner le recto et le verso, l’explicite et l’implicite. Faut-il rappeler qui est Marnie ? (Pour les rares qui n’auraient pas vu le film, ne lisez pas, je dévoile la fin) Marnie est une jeune femme kleptomane frigide refoulant une enfance qui fit d’elle le témoin d’une mère prostituée et surtout une meurtrière, pour la sauver d’un client violent. À l’ouverture du film, Marnie surgit à la vue du spectateur en brune anonyme aux cheveux défaits qui s’éloigne vers un point de fuite. Avec le butin de son dernier larcin sous le bras. La clef du film est livrée d’emblée dans une synthèse plastique épurée, magistrale. La jeune femme est jouée par Tippi Hedren, qui quelques plans plus tard se métamorphose en digne héritière de l’impeccable Grace Kelly.

Au répertoire des vues sur chignons, il y a le spiralé de Kim Novak dans Vertigo, très remarqué ; le chignons de Tippi Hedren ne sont pas moins saisissants. Leur complication nodale joue en contrepoint parfait avec son visage lisse aux cheveux tirés. Ils déclinent des circonvolutions arrières et des enroulements vulvesques d’autant plus saisissants que persiste le souvenir du plan d’ouverture sur l’objet que la brune inconnue tient serré contre elle : un sac blond tumescent et verrouillé comme un coquillage (Marnie/marine), … recel de contenus inavouables, dérobés qui dérobent à la vue de tous ce qu’une mère et une fille ont à payer de s’être fait “dé-robées”.

Le sac de Marnie soutient amplement la confrontation avec la peinture dans une vision de l”origine du monde” plutôt jouissive, il me semble, faisant fi de l’écran (fut-il peint par Masson) que Monsieur Lacan, pourtant rompu au problème, imposait à son Courbet.origine