L’été prochain, du 8 juin 2006 au 24 septembre 2006, La Maison Rouge présentera Henry Darger, sans doute un des destins artistiques les plus extraordinaires qui soit ; 40 ans de solitude à produire un monde imaginaire comportant des dessins de plus 3 m de large et 30 000 pages de texte.
Notre rencontre avec Darger remonte à l’été 2001, lors d’un périple en Suisse. Nous hésitions un peu à revoir le musée d’art brut de Lausanne que nous connaissions déjà ; bien nous en valu, car il s’y touve aujourd’hui une salle entièrement dédiée à un ensemble de fresques recto/verso de Darger. Nous avons été bluffés. “Quelques” sites pour voir : Carl Hammer GalleryEdlin GallerySara AyersPage Henry DargerRevue Raw VisionCollection abcdhenrydarger.com
Dès sa sortie en 2002, nous nous sommes procuré le pavé de 722 pages de John Mac Gregor sur Darger. Il s’agit du premier ouvrage de référence en anglais après le catalogue suisse en français de 1996. La lecture de cette étude nous a conforté dans l’idée que Darger, l’ermite urbain de Chicago, n’est pas réductible à un artiste brut malgré d’indéniables évidences. Klaus Biesenbach, conservateur au MoMA, qui a fait figurer les créations (les plus terribles) de Darger aux côtés de Goya et des frères Chapman dans l’exposition Disasters of War (2002) au centre d’art contemporain PS1 de New York, déplore que ce soit le Folk Art Museum de New York qui ait hérité des archives et du centre d’études sur Darger, renforçant ainsi son étiquette d‘outsider.
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À l’automne 2002, Scanreigh avait eu l’occasion d’attirer l’attention de Catherine Millet sur Darger. Elle avait publié notre article Willem dessine dans Artpress (N°274) et fut partante pour que nous traitions le sujet. Nos délais s’ajoutant aux siens, l’article sur Darger finit par paraître en avril 2004 (Artpress N°300) illustré entre autres par une scène de torture de petites filles, dont on peut voir ci dessus la partie centrale, environ un tiers du dessin. artpress Beaucoup d’artistes actuels voient en Darger un artiste du 20e siècle. Son influence est d’ailleurs nettement perceptible dans les nouvelles tendances du dessin, avec son cortège inévitable de tics et de mimétismes. Cela mis à part, il est juste et pertinent de retrouver Darger dans un contexte d’art contemporain, ce que fera cet été la fondation d’Antoine de Galbert. Notons que ces dernères années on avait pu voir à Paris quelques œuvres de Darger grâce à la Halle Saint-Pierre et la collection abcd de Bruno Decharme.

(Les images sont extraites du livre Henry Darger, In the Realms of the Unreal, par John Mac Gregor, Delano Greenidge Editions LTC, New York, 2002 ; © 1998 Kiyoko Lerner, droits réservés)