Cela fait un moment que Scanreigh chinait d’anciennes éditions des dessins de Willem en étant convaincu que cet univers graphique était à l’étroit dans son statut de dessin de presse. Je me souviens d’une grande exposition à l’Institut néerlandais à Paris où il n’y avait pas grand monde dans les salles et Willem tout seul dans un coin. Il aurait été simple de l’aborder, mais nous avons fait preuve d’une réserve un peu stupide (ça s’est arrangé par la suite puisque nous sommes allés le voir dans sa jolie maisonnette de banlieue parisienne).
Willem revenait souvent à titre d’exemple dans notre critique de la notion d‘art mineur. Puis, il s’est trouvé une occcasion de discuter de cela avec Catherine Millet. Un article sur Willem ? Pourquoi pas. Scanreigh avait pondu dans son coin un texte assez long, un peu bancal dans lequel je retrouvais nos discussions mais aussi des choses qui m’avaient échappé. C’est devenu immédiatement un texte à deux voix dans le droit fil d’une d’écriture commune déjà ancienne, notamment à propos de Duchamp et restée à l’état de notes de lectures, de classeurs de photocopies, le tout aussi copieux qu’inexploitable avec le temps qui passe. Ce qui est cocasse, c’est que c’est l’article sur Willem qui a en quelque sorte récupéré l’énergie emmagasinée. En décembre 2001, paraissait Willem dessine, article de 6 pages dans le numéro 274 d’Artpress. Et aujourd’hui, le dessin est devenu on ne peut plus tendance. L’engouement est tel que ça sent déjà le retour de baton. Mais ne crachons pas dans la soupe et savourons le plaisir d’avoir eu du flair. willem
Notons qu’en ce mois de mars la galerie Art’s factory à Paris ferme ses portes “en beauté” avec Willem et que le Centre Pompidou s’apprête à exposer Willem sur la mezzanine du hall (où l’on a pu voir Reiser). willem La frilosité du Centre qui n’ose pas ouvrir son Cabinet d’Arts Graphiques au 4e étage pour nos contemporains du dessin n’est pas étonnante quand on sait qu’il a refusé d’acheter du Willem il y a quelques années. La proposition d’acquisition émanait pourtant d’un conservateur maison, Didier Ottinger, qui s’est entendu dire que ce type d’acqusition destabilisait la politique des collections. Tiens, tiens, attention aux refus qui fabriquent des cultes. Finalement de passer de Duchamp à Willem, c’est pas si coq à l’âne que ça ! Duchamp a bien débuté par des dessins de presse.

“Willem finit en beauté”, Art’s factory, 48 rue d’Orsel, 75018 Paris jusqu’au 31 mars 2006 et Centre Georges Pompidou de juin à octobre 2006.