Scanreigh et Biver

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Humeurs

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dimanche, octobre 11 2009

Ça ne s'invente pas !

Il fallait être là et quelqu’un était là. La scène se passe à l’Espace Jean Salles à Sainte-Foy-les-Lyon où étaient exposées trente œuvres de la collection du Conseil général du Rhône.
Bernard Gouttenoire avait l’équipement sous la main, mais surtout l’œil !!! Alors voilà, ça se passe de commentaire.

visiteuse

lundi, avril 14 2008

"Galeriste", un mot français made in Germany ?

De plus en plus souvent on entend curator ou curatrice pour dire conservateur ou conservatrice, ça me rappelle une marotte personnelle à propos du mot galeriste.
D’après un Petit Robert des années 90 (j’ai mal noté), le mot daterait de 1983. Galeriste figure dans le supplément du Littré de 1999 mais pas dans le Dictionnaire de l’Académie de 2000, ni dans le Grand Robert de 2001. Côté traduction, le Hachette/Langenscheid de 1995 et le Larousse Compact de 2004 continuent de traduire Galeriste par directeur/directrice de galerie.
Les mots Galerist et relevant font partie de ces Fremdwörter, emprunts étrangers typiques de la langue allemande — et sans que cela fasse sauter au plafond des Académciens — qu’ils n’ont pas d’ailleurs.
Galerie, Galerist (sans e muet) sont d’origine italienne mais le Français contrairement à l’Allemand n’a retenu que le premier.
En tous cas, dans les années 70, à Strasbourg, je trouvais amusant de rapatrier en Français la forme latinisante de Galerist que je lisais dans la revue allemande Kunstforum. Je la trouvais plus parlante et plus concise. Scanreigh et moi disions galerist(e) avec des guillements dans la voix — devenus complètement inutiles aujourd’hui.
Maintenant, j’aimerais bien être sûre (avis aux linguistes qui liraient ce billet) que le mot a transité par l’Allemand (et pas l’Italien) pour se retrouver dans le lexique français, j’aurais ainsi l’impression d’avoir contribué au grand moteur collectif des mutations liguistiques.

mardi, janvier 2 2007

Pour Diogène, libraire dans le Vieux Lyon, deux marque-pages

Diogène Au 29 de la rue Saint-Jean, dans le 5e à Lyon, la librairie ancienne et moderne Diogène fait partie des résistants à la disneylandisation des vieux et beaux restes de la ville. Pourquoi, penser à Diogène en ce temps de bonnes résolutions ? Parce que mes yeux sont tombés sur une chose que Lionel Brabant, un des animateurs de Diogène, a procuré à Scanreigh. Une chose qui a tout pour symboliser l’année débutante, gonflée à bloc. Pensez donc, un livre hénaurme de 12 kilos ! Si ça vaut pas son pesant de résolutions et de symbole, ça !
Balaise, quand même, ce début de XXe siècle qui vous fabriquait des machins de 50 cm par 36 cm sur 810 pages d’épaisseur. Il faut une voie détournée comme celle de Scanreigh qui collectionne les vieux grimoires pour s’en rendre compte. J’appelle grimoire, ces rossignols de librairie ancienne que Scanreigh, grâce à des complicités coupables, car internes au milieu, se procure pour les profaner graphiquement. ExtactionsQue cet espace soit un instant la tribune de mes épisodiques protestations contre certains recouvrements de certaines calligraphies ou imprimés qui mériteraient un repos immaculé. Donc, me dis-je, ici, à format impérial, sacrilège incommensurable. Mais le titre du livre une fois décrypté …Grand Livre des Extractions - Entretien des Fosses sceptiques … je ris. Le monstre n’est que l’agenda de la Société de Vidanges La Lyonnaise au service des fosses de Lyon de 1904 à 1909 !!! Un livre à la mesure du besoin élémentaire de salubrité publique de la capiltale des Gaules !!! Démesuré ! 2007 ne suffira pas à Scanreigh — et à son dessin compulsif — pour remplir ce codex (c’est quoi l’antonyme de vidange ?). Car ça nous fait du deux-virgule-deux-dessin-jour, sans défaillir et en plus du reste. Donc, il faudra à Scanreigh, comme il le dit lui-même, de la patience d’allumetto-constructeur… plus la table, car le problème du constructeur de bateau en allumettes, c’est toujours et aussi un problème de table.
Bon. Le symbole des bonnes résolutions s’étant effondré, la Maison Diogène pleine de ressources, m’en fournit illicco un autre. De symbole.
Diogène
Car Lionel Brabant, qui degota le codex vidangeur, est le même qui proposa à Scanreigh de réaliser des marque-pages pour la librairie. Et ça, c’est trrrès sympathique. Une année (voire plus si affinités) à scander la lecture des clients de Diogène, c’est pas mal, et tant pis si quelques égarés, touristes avides de fétiches gratos, s’y glisseront. Le marque-page, c’est un peu comme une carte de vœux longue durée. Par rapport aux 810 pages en 50/36 cm, on y perd, c’est sûr, mais ces aériens marque-pages ne manquent pas de pouvoirs évocateurs : papiers-filtre (philtres ?) pour tester toutes sortes de parfums littéraires, ils font largement le poids face à la comptabilité constipée des fosses, fut-elle des plus sûrement pesantes. Les petites marques se volatiliseront, disparaîtront, réapparaîtront, finiront en collections. Là où rien ne se s’évacue.

PS. J’ai emprunté la façade de Diogène à FlickR dont je ne suis pas membre. Que justice soit rendue à lannig94, je pense que je fais un fair use de sa photo. La crève, la pluie m’ont retenue d’aller m’entraîner dans le Vieux-Lyon avec le Canon G7 enfin rétabli de sa chute. Le SAV de Canon ne pouvait pas garantir ses délais habituels car les techniciens n’avaient pas encore eu leur brief sur la réanimation d’un modèle aussi fraichement sorti… ça valait au moins une homologation au Guiness

2e PS : Paradoxalement cette édition d’artiste n’est pas à vendre. Elle est réservée à l’agrément du lecteur et client de Diogène. Désolée pour les signopaginophiles, nous ne sommes pas en mesure de les approvisionner ; il leur faudra aller traîner dans le Vieux-Lyon, mettre en branle leur réseau de rabatteurs rhone-alpins… À toutes fins utiles, je signale que le marque-page le plus coloré a été tiré à environ 2 000 exemplaires et le monochrome à environ 5 000. Tirage numérique.

lundi, octobre 16 2006

De Ptyx en Lipietz via Jacques Jouet, Stépane Mallarmé et Claude Viallat, oua-a-h !

J’ai toujours eu à me plaindre de ma mémoire… ptyx, voyons, je devrais savoir… pourquoi je tique sur cet ovni lexical sous la plume de Jacques Jouet ? Je pars à la chasse au ptyx sur Google…
Mallarmé !… n’d’acco-o-ord … Reprenons :
Un : Scanreigh n’a pas dit que dans le Penrod 6, hommage à Claude Viallat, il y avait un texte de Jacques Jouet. Dans le premier numero aussi, d’ailleurs. viallat
Sans déflorer le contenu du numéro 6 (un peu quand même), Jacques Jouet traite dans son texte léger et enjoué (jamais faite celle-là ?) la célèbre forme de Viallat de snark, schmilblick, et enfin de ptyx. Excellent, me dis-je, sans vraiment mesurer à quel point la formule l’est.

viallat Deux : Toute personne au fait de l’art français sait que Claude Viallat est l’auteur d’une forme aussi indéfinissable que répétitive qui rend sa peinture identifiable au premier coup d’œil. Cette indéfinition formelle a enflammé l’exégèse.
viallat
Trois : Jacques Jouet maniant, l’air de rien, la référence mallarméenne m’a poussée telle Alice dans le terrier du lapin Google pour un mot qui normalement n’existe pas ! Nous vivons une époque… oulipienne. Pour preuve : un luthier de Nancy en fait un violon électrique, un site japonais, définitivement hérmétique, porte ce nom, tandis qu’un Suedois sur un site de jeu d’échecs mondialisé en a fait son pseudo. Mais, littérature oblige, Yves Bonnefoy y a consacré un livre entier La hantise de Ptyx, un essai de critique en rêve, William Blake & Co. éditions, 2003 

Quatre : Mallarmé aurait donc inventé cet hapax (soyons cuistre) simplement pour la rime. Se doutait-il que l’invention de cette inanité sonore a priori symboliste virerait oulipienne en générant, en ce mois d’octobre 2006, 45 300 réponses sur Google ?
Mais avant de poursuivre, honneur à l’inventeur du sonnet :

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide: nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.

Cinq : J’ai trouvé ce que je cherchais de manière inattendue sur le site d’Alain Lipietz. Pardon, si je suis la dernière à savoir que ce député européen vert n’est pas seulement un homme politique et un chercheur au CNRS. Il est aussi un fervent connaisseur de Mallarmé. Sur son site existe L’ouvroir de Mallarmé avec une étude de 51 pages téléchargeable (dernière mise à jour de février 2006) sur les deux versions connues du poème au “ptyx”. Je l’ai (presque) lue en entier. Et voilà enfin que le ptyx, tel qu’en lui même, s’éclaire ! Lipietz démontre que le mot désigne l‘outil du poète, sa technique propre, il donne toute son importance à une étymologie grecque qui fit les beaux jours des spécilaistes entre 1940 et 1970. Ptux signifie “pli” (d’une étoffe, d’un coquillage, de la matière en général), il signifie aussi “tablette ou feuillet pour écrire”, mieux encore “inflexions ou modulations de la pensée d’un poète”. On comprend qu’Alain Liepitz, partisan du poème en tant qu‘allégorie de lui-même selon l’intention première de Mallarmé himself, enfonce le clou à partir de cette constellation de significations et bat en brèche la thèse des adeptes de la lettre de 1868 où Mallarmé demande de l’aide aux amis pour glisser une signification dans son ptyx-sandwich de consonnes. Lipietz, tablant sur la non-ignorance du grec ancien de l’élève Mallarmé démonte ladite lettre et par là la légende du ptyx insignifiant. Bon, je renvoie à son essai en ligne qui sera prochainement publié sur papier. Alain Lipietz craint et déplore que la cohabitation avec la version numérique ne soit pas tolérée mais là est un autre débat. Pour finir, merci, Jacques, de m’avoir fait voyager en pays ptyx. Pas de doute, le trucmachinchose de Viallat est bien son ”ptyx” au sens mallarméen et lipietzéen.

Viallat dans son atelier par Jean-Pierre Loubat

vendredi, décembre 16 2005

Althusser et moi au BHV

Avant d’avoir un Ipod, je meublais le temps des courses en écoutant la radio, mais les centres commerciaux, c’est grouillant de parasites (surtout à proximité des caisses), alors l’Ipod, c’est un confort d’écoute inespéré. Je me retrouve en plein BHV à choisir — non, pas un porte-bouteille, mais presque — une passoire en inox. Tout en écoutant une émission “hijackée” (enregistrée en langage “geek”) sur France Culture, le “Vif du sujet” consacrée à la fin tragique de Louis Althusser. Philosophe culte des années 60/70 et moi au XXIe siècle en pub Apple un peu spéciale : silhouette endoudonnée sombre, écouteurs blancs dans les oreilles… une passoire différente dans chaque main. Laquelle prendre ? La plus stable ou celle qu’on peut accrocher ? Althusser masse sa femme et ne se rend pas compte qu’il l’étrangle… sauf qu’elle a un petit bout de langue entre les lèvres, il s’est donc passé quelque chose. J’ai opté pour une passoire stable et accrochable. Dans les années 73/74, dans le petit milieu que je fréquentais, Althusser était “incontournable”, “indépassable”, autorité absolue sur les marxisants de tous poils. Je tenais mon scepticisme en laisse, je n’avais d’ailleurs pas les moyens de contre-argumenter. Et puis le temps a passé depuis ce mois de novembre 1980 qui fit basculer le grand Louis Althusser à la rubrique “faits divers”. Dans les années 70, il était inimaginable que ce champion de l’intelligence critique étranglât sa femme — j’ai retiré mes écouteurs pour passer la caisse, échanger des bribes de politesse avec la caissière — tout aussi inimaginable que je sois en train d’écouter sur un engin inimaginable une émission de radio enregistrée sur mon inimaginable Mac. En revanche, en 73, la caissière, le BHV existaient ; moi et les passoires en inox aussi.

jeudi, décembre 8 2005

"Cinéma" parfum félin

Yves Saint-Laurent lance un parfum qui s’appelle “Cinéma”, glamour à souhait, pub signée Jean-Babtiste et Jean-Sebastien autrement dit Mondino et Bach… vous savez, le prélude de la première suite pour violoncelles seuls en sol majeur, le prélude-emblème-sonore-du-Cinéma avec un grand C, depuis “Le Mépris” de Godard (1963) et le bel arrangement que Georges Delerue fit de ladite suite. Musique reprise dans les années 80 dans le générique de l’émission de télévision “Cinéma, cinémas”. Bon, tout ça pour dire que de 1963 à 2005, la justesse d’une trouvaille, de l’instinct créatif est en passe de devenir un stéréotype costaud.
Quant à l’idée de trouver au mot “cinéma” une qualité de nom de baptème, il y a belle lurette qu’elle m’est venue. Pour notre chat ; noir et glamour tel qu’il fut — avant de s’empâter avec l’âge. C’était en 1975. Et dire que j’ai quitté les Beaux-Arts en 1969, entre autres, parce que les débouchés se trouvaient essentiellement dans la pub.