Scanreigh et Biver

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L'art des autres

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jeudi, août 30 2012

Un dessin de Sempé… comme ça en passant

Sempé nous a déjà fait le coup de la vitrine du libraire avec ses bouquins à bandeaux où figure en gros caractères le nom de l’auteur, rien que le patronyme, le dernier « untel » à connaître (acheter) pour briller en ville. Par ce temps de rentrée littéraire, Sempé nous remet ça dans le dernier Paris-Match (30/08-05/09/12), un dessin qui épingle les nouveautés de l’édition, les signatures avidement tournées vers le soleil de la notoriété. L’image suffirait à faire sourire si un œil plus attentif ne détectait plus drôle encore.

sempe

Parmi les livres promus figure la correspondance amoureuse d’un certain Victor Hugo bardée d’un laconique « Victor ». Qui a pondu ce « Victor » volontaire ou involontaire ? Un naïf distrait, un gaffeur inculte qui ne sait plus qui est Victor Hugo ou au contraire un inconditionnel raide dingue du monument de la littérature française et qui n’imagine pas une correspondance amoureuse autrement qu’à travers des prénoms – l’affectueux « Victor » rejoignant la coquetterie de l’historien qui parfois écrit « Piero » ou « Leonardo » quand il décortique à la dure du della Francesca ou du da Vinci. À moins que l’affichage délibéré du prénom de l’auteur soit devenu le seul recours pour distinguer la valeur sûre de la fausse-monnaie des prétentions vouées tôt ou tard à l’anonymat. Ça, c’est la version subtile pour lecteurs de Télérama qui ont leur coupe-file aux expos et leur carte de bibliothèque en poche, la version plus prosaïque relève du marketing pur et dur, fier d’aligner la culture littéraire sur la culture d’entreprise où le subordonné très souvent n’a d’existence qu’à travers son prénom ; ainsi aurez-vous affaire à « Victor » comme à « Alexia » du SAV de votre portable… dans un monde définitivement « sympa » … et croulant de vulgarité et de mépris.

Notre opus sempéen est un bel exemple d’humour à détente multiple et qui résume formidablement ce qu’est l’art quand il est de l’art. Et c’est là où je voulais en venir : on peut en apprécier un début, une partie sans aller au bout, on peut y entrer par une porte ou plusieurs, toutes valables et ne s’excluant pas. De l’art aussi pour sa complexité qui ne se montre pas, ne se voit pas.
Sempé dessine aussi bien qu’il pense, pense aussi bien qu’il dessine… un artiste… mais on le savait déjà.

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mercredi, mars 21 2012

Le regard de Nancy Houston sur Paula Rego

rego art Nous aurions pu en parler dans ce blog à l’époque. Nancy Houston dans Libé ce lundi 17/03/12 me culpabilise un peu en me rappelant l’exposition Paula Rego à Nîmes en 2008. Elle termine son article sur cet appel vibrant  :

« soyez en avance sur les professionnels ; expliquez-leur qu’une grande rétrospective Paula Rego au centre Pompidou ou au musée d’Art moderne de la Ville de Paris est une nécessité absolue, et que vous n’en démordrez pas avant de la savoir programmée. »

rego expo

Nous étions « en avance » et je n’y suis pas complètement étranger. J’ai pour ma part découvert Rego à la Foire de Bâle au début des années 2000. Attirant l’attention du directeur de l’école des Beaux-Arts de Nîmes, Dominique Gutherz, sur ce travail, j’apprends qu’il a lui aussi eu l’occasion d’apprécier un dessin de l’artiste chez son ami Yves Bonnefoy. A notre convergence de vue se greffe ensuite le hasard d’une judicieuse rencontre selon l’adage « the right man at the right place » qui fait le reste. En 2008 une exposition des travaux graphiques de Paula Rego est inaugurée dans les belles salles d’exposition de l’école. Une sorte de première en France. Paula Rego a fait le déplacement. Philippe Dagen a consacré un article dans le Monde et un article signé Jérôme Lebrun et Thérèse Moro est paru dans Artpress.

rego scan

Nancy Houston cherche à comprendre ce qui fait obstacle au manque de visibilité de Rego en France. Il y a les thèmes dérangeants de l’avortement, du trafic sexuel des jeunes femmes, l’excision peu abordés dans la tradition picturale occidentale mais le problème majeur selon elle c’est la “narrativité” des œuvres :

« L’artiste dialogue en permanence avec la littérature : romans du XIXe siècle, nursery rhymes, contes de fée, Evangiles, films de Disney, pièces de théâtre contemporaines (dont les Bonnes de Genet), Métamorphose de Kafka ou encore l’histoire de sa propre vie. »

Bien trop de narration pour la domination formaliste pure et dure des faiseurs d’opinion, et trop d’émotion… en tout cas pas la bonne.

« En effet, tout comme «narratif» est devenu synonyme d’«anecdotique», «émouvant» est de nos jours vite ramené à «mièvre», assimilé à la faiblesse et à la féminité. C’est pourquoi bien des artistes femmes qui se veulent «branchées» s’acharnent, parfois même plus radicalement que les hommes, à faire de la peinture «conceptuelle et politique» et à extirper de leur travail tout ce qui pourrait ressembler à une émotion. Rego ne le fait pas ; sa peinture s’adresse à nos tripes bien davantage qu’à nos méninges, et c’est ce qu’on ne lui pardonne pas. »

jeudi, août 18 2011

Par fanzines interposé

Justine Dumeu vient de féter son cinquième anniversaire (pas elle, son dynamique Fanzine !) dans lequel elle a publié un de mes dessins mis en couleurs par ses soins. J’ai croisé Justine à l’Ecole des Beaux-Arts de Nîmes, moyennement convaincue de l’utilité d’y achever son cursus. Ellle s’est donc envolée pour Paris où elle poursuit un travail d’édition graphzinesque pur jus.

perox
http://www.peroxyde.com/p/5.html
Ont collaboré / participé à ce numéro #5 - été 2011:
A.Linéa, Julie Anne Barbe, Thomas Billas, Benoît Bodhuin, Jeanne Boyer, Elsa Cha, Jean Louis Costes, Laurent Di Biase, Justine Dumieu, Vanessa Fanuele, Dominique Forest, GBG, Géo, Joel Mas, Phanone, Lan Prima, Fredde Rotbart, Lionel Sabatte, Franck SaïssiI, Jean Marc Scanreigh, Nicolas Schoener,  SLip,  U235,  Sebastien Värnild.

Anne Faucher dite Anef, elle est détentrice d’un bon diplôme en bonne et due forme. J’ai publié d’elle (et avec le savoir-faire de Nicolas Grosmaire) un hommage graphique à Breton et Soupault qui est devenu le numéro 19 de la collection Hôtel Rivet de l’École des Beaux-Arts de Nîmes. Son dernier Fanzine dont le nom ne demande pas d’explication Darling is a porno est nerveux à souhait, ma contribution est un petit tireur de langue ou lécheur comme on voudra qu’elle a sérigrafié en deux tons de jaune.

faucher
http://anef-prints.blogspot.com/2011/08/my-darling-is-out.html
Darling is a Collective Zine about sex introducing more than 25 artists from all over the world, 40 pages, 2 colors with fade, 50 numbered copies.
Featuring works from Amandine Meyer, Anef, Ardéco, Bénédicte Coudreau, Bill noir, Dieter VDO, Antoine Duthoit, Albert Foolmoon, Giuse, Ki-haï, Jean-Jacques Tachdjian, Jon mac Nair, Louloularelou, Ori Toor, Mathien Nocera, Marie Planques, Sapito verde, Sebh, Jean-Marc Scanreigh, Siscalocca, Vaidotas Bulaka, XXXprod Yann Legrand, Zigendemonic, Ian Liddle.

J’encourage vivement d’acquérir ces éditions confidentielles, futures perles rares qui sait ? Pour ce faire s’adresser directement aux éditrices.

mardi, mai 24 2011

Nouvelles Hybrides d'Etienne Cornevin

Etienne Cornevin publie sur le site de la revue Nouvelles Hybrides une étude à l’occasion de mes expositions nîmoises. On peut dire sans faire un trop mauvais trait d’esprit qu’Etienne a des goûts et une vision de l’art aussi colorés que sa revue.
J’ai particulièrement aimé son étude sur la récente exposition Odilon Redon du Grand Palais. Ses critiques sur les textes qui accompagnent le catalogue et les panneaux dans les salles d’exposition devraient inciter les conservateurs à regarder un peu mieux ce qu’ils exposent.

dimanche, mars 7 2010

Miles Davis sous la plume d'André Spears

spears l’Exposition Miles Davis qui a fait un tabac à la Cité de la Musique à Paris a inspiré à André Spears un texte très fouillé à la fois sur le dispositif de l’exposition et le dialogue complexe du jazzman avec son temps. Spears dit, qu’à lui seul, Miles fournit la bande-son de l’après seconde guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide. Ce sont les ramifications de cette inventivité musicale vers la création en général qu’il tient à souligner. Il y a bien sûr l’engouement de Miles Davis pour la peinture à partir du milieu des années 80 qui aura un effet régénérateur donnant naissance à des œuvres en résonance avec l’art d’un Basquiat, par exemple.
L’autre ramification qui intéresse Spears part du Miles Davis « électrique » dénigré par certains puristes. Spears au contraire insiste sur sa légitimité et sa connexion avec la création poétique. Il note que le retrait de Miles Davis de la scène artistique entre 1975 et 1981 coïncide avec un moment où la poésie américaine se repositionne et s’engage sur des pistes laissées inexplorées. Il souligne le parallélisme entre ces changements et les contreverses qui ont accompagné le devenir électrique de Miles Davis, comme celui de Bob Dylan d’ailleurs. Le décloisonnement du jazz vers les formes créatives de la scène pop-rock-rap est un phénomène qui s’observe aussi en poésie et dont les formes du renouveau sont profondément inscrites dans la révolution technologique qui lui est contemporaine. D’ailleurs Spears ne craint pas les contresens en intitulant son article Trumpet of the Digital Apocalypse, terme au sens premier de révélation et non au sens commun de fin d’un monde. Et bien qu’il s’agisse effectivement de la fin d’un art ancien. Et après Miles que sera la poésie ? Cette question, Spears se la pose d’autant plus qu’il est lui-même engagé en poésie.
davis
C’est d’ailleurs par la voie transfrontalière entre l’art plastique et de la littérature que Scanreigh et André Spears se sont rencontrés à New York en novembre 2000. Scanreigh présentait à la Columbia University ses placards réalisés avec les écrivains et les poètes. Par un enchainement quasi naturel est née l’idée de collaborer. Cela a commencé par deux livres d’artiste puis s’est poursuivi par un projet de 50 estampes basées sur les expressions françaises passées dans l’anglo-américain. Chacun des placards commence par « Like » suivi d’une combinaison logico-poétique, une sorte de greffe linguistique dans l’icône. Quelques exemples de cette collaboration seront présentés en avril au Cabinet d’Amateur à Paris, puis en 2011 un ensemble beaucoup plus important à la Bibliothèque du Carré d’Art à Nîmes.

L’exposition WE WANT MILES, Le Jazz face à sa légende initiée par la Cité de la Musique à Paris s’est terminée en janvier 2010 et voyagera au Musée des Beaux-Arts de Montreal (30/04/10 - 29/08/10 puis à New-York.

On peut lire l’étude complète d’André Spears Trumpet of the Digital Apocalypse : We Want Miles” at Le Musée de la Musique ici:

André Spears a publié :
Letters from Mu (Part I) avec des dessins de Gilgian Gelzer, chez Voix Éditions, Elne
Letters from Mu (Part II) chez First Intensity Press à voir ici
Xo: A Tale for the New Atlantis à voir ici


Livres d’artiste avec des dessins de Scanreigh :
Lost in space, Éditions du Paon-Saint-André, Paris (épuisé)
United States, Éditions de l’Oiseau qui dit tout, Bruxelles (épuisé)

(portrait d’André Spears par Anne Rosèn)

mardi, juillet 28 2009

Michel Cadière, artiste gardien gardois

Une sorte de crédulité fait, parait-il, prospérer les faux artistes bruts. La chose serait désespérante si l’occasion de feuilleter le carnet de dessin d’un authentique singulier à une table de bistrot un soir de printemps n’était du vécu. Déjà avant de nous installer à Nîmes, Scanreigh me parlait de “ce gars qui fait des dessins étonnants”. Il était même question de mettre la collection Cahiers dessinés de Buchet-Chastel sur le coup mais c’était sous-estimer la chaotique destinée de cette collection. Heureusement, l’éditeur nîmois Venus d’ailleurs a pris le taureau par les cornes (euh, oui, je sais…).

cadiere
Voilà donc une bonne chose de faite ! Les dessins de Michel Cadière sont édités sous le titre “Carnet nomade”. Bien sûr, on peut parler à son propos d’art brut, mais l’artiste confirme autant qu’il n’infirme les critères de Jean Dubuffet, instigateur du genre.
Il suffit de lire l’entretien de trois pages mené par Jean-Yves Lacroix pour comprendre que cet hypersensible qui n’a quasiment pas bougé de Nîmes fait preuve d’une extraordinaire lucidité sur lui-même et sur sa “place” dans le paysage des arts plastiques. Par ailleurs, Michel Cadière a eu un instinct de survie particulièrement inspiré puisqu’il s’est retrouvé un beau jour gardien de musée au Carré d’art. Il côtoie l’art contemporain dans l’architecture high tech de Norman Foster, plantée en face d’un vestige romain de tout premier ordre, c’est peu dire qu’il se trouve à mille lieues de la misère culturelle du pequenot du Nebraska !
Michel Cadière a des références, il a des formulations percutantes, il réclame par exemple pour lui même l‘immunité carnavalesque comme droit de créer (excellent titre, si je puis me permettre ?!). La chute de l’entretien n’est pas mal non plus, mais je laisse l’amateur la découvrir ainsi que les 25 dessins au format original fac-simile (dont 18 planches pleine page, plus un panoramique en quatre volets non relié).
Si l’artiste est rare, l’édition l’est aussi, 350 exemplaires seulement, 17 € en prix de souscription. Que les amateurs d’art singulier, art brut et autre outsider art se le disent  !

cadiere

Une exposition des dessins de Michel Cadière
aura lieu à la Librairie Jean-Yves Lacroix,
du 2 octobre au 2 novembre 2009
Vernissage le 2 octobre à partir de 18 heures

Librairie JY Lacroix – 15 rue des Lombards à Nîmes – Tel 04 66 76 17 93 – 14h30 - 18 h

lundi, octobre 13 2008

Régine Detambel

detambelC’est aussi le rôle d’un éditeur de susciter des rencontres entre artistes. Je suis reconnaissant à Fata Morgana de m’avoir fait rencontrer il y a quelques mois Régine Detambel que je ne connaissais pas. J’ai lu plusieurs de ses textes avec plaisir et suis ravi de celui qu’elle a écrit pour notre portfolio — labellisé du nom de collection “A Bastiano”. (Un peu comme je fais pour mes éditions maison) C’est une référence (malicieuse ?) à l’ultime place forte devant le vaste horizon du désert de Tartares de Dino Buzzati. Eh oui, les portfolios, tandems d’écrivains et d’artistes, sont des petites forteresses qui essaient de tenir bon face à l’immensité — de quoi au juste ? De l’indifférence ? Du trop plein de publications de toutes sortes ? Peu importe. Les publics sont multiples. Notre 7.7.7 a le sien. Régine Detambel n’en a pas qu’un (elle écrit également des livres pour la jeunesse).
Après Christian Bourgeois, Julliard, Stock, elle publie chez Gallimard plus de 20 livres. Noces de Chêne vient sortir debut octobre. Je n’ai pas de réticence à en parler comme si je l’avais déjà lu.

lundi, septembre 8 2008

Le Cure-dent de Jean-Yves Lacroix, éditions Allia

Le blog est resté en sommeil pour cause de travaux de Romain (à Nîmes, c’est normal). Des informations à ce sujet sont imminentes. Une bonne remise en jambes dans le monde normal a été pour moi la lecture du livre de Jean-Yves Lacroix. Un livre qui a su ne pas sombrer dans le tsunami de la rentrée littéraire : échos dans la presse et sur la Toile (Nouvel Observateur, Lire, L’Humanité, Le Temps, Médiapart, Fluctuat.net, le choix des libraires parmi d’autres sites encore), à la radio (Le Masque et la Plume - France-Inter ; Entre les Lignes - Radio Suisse Romande), et présence sur la première liste du Prix de Flore) … échos auxquels j’ajoute ceci :
curedent
L’OBJET DU DÉBOURBAGE
Jean-Yves Lacroix connait le problème. Il met le personnage de son roman dans la situation d’avoir à juger des textes en confrère : Il craignait d’offenser et détestait, en vérité, devoir adapter sa franchise.
Pas simple, en effet, d’écrire sur un auteur que l’on connaît en chair et en os. Heureusement, je partage avec le personnage du roman d’avoir aimé ce que j’ai lu. Une sorte de preuve serait que j’ai souligné une phrase sans voir qu’elle figurait en 4e de couverture. Phrase hermétique d’ailleurs qui peut désorienter, heureusement que le roman démarre direct et concret.
J’ai une réserve sur l’incipit. Souvent, les livres pourraient selon moi commencer à la deuxième phrase, voire au deuxième paragraphe. Ici, une formule facile de hit-parade des bibliothèques d’Europe (qu’il faudrait toutes connaître ?) pour dire combien celle de l’ENS est incomparable… Bon.
L’à-coup passé, on emboîte le pas au narrateur, en archiviste-enquêteur qui nous la joue un peu Dan Brown…, disons Umberto Eco, ou plus classe, Borges. Mais, c’est bien du vrai Lacroix qui nous emporte dans la Perse d’après l’an mil, une Perse méconnue, si lointaine et lacunaire que même les encyclopédies défaillent, les calendriers n’en parlons pas ! On nous dit qu’ils sont à la révision. Omar Khayyam, champion de l’Orient mathématicien s’y emploie brillamment, avant et mieux que le staff à Grégoire, le pape qui rafla la mise. Voilà, pour la remise des pendules à l’heure. Mais attention, Lacroix n’entre pas dans la polémique très en vogue sur la dette de l’Occident envers le monde arabo-musulman. Pas de mise à jour de culture générale pour briller en ville. Il ne s’agit pas non plus de vibrer, de compatir, de nous identifier avec ce savant devenu poète éthylique. Omar Khayyam, le XIe siècle persan, c’est une armature. Voulue, appropriée. Une distanciation pour revigorer l’intemporelle question de ce à quoi les vivants passent leur temps : bosser, rien foutre, assumer, résister, fuir ? – toutes choses qui subtilisent la notion de liberté. Alors, qu’on en sache long ou pas sur Khayyam est une question à géométrie variable. Lui ou un autre, pourquoi pas cet énigmatique et génial mathématicien Ettore Majorana, qui déboule de son XXe siècle parmi les vizirs, sultans et autres filles des tavernes, ou encore cette poétesse et amante, si auréolée qu’il faut croire à son existence. Le lecteur, qui n’a pourtant rien bu, acquiesce : puisque le vin est inventé, que la recette se transmet de génération en génération, buvons-le ! Avant que le consensus général ne vire à la prohibition. L’individu qui se livre à nous le clame, mais en se ravisant pour lui-même, et pour d’autres raisons.
Qui décide de la frontière entre le dehors et le dedans ? La science ? La foi ? Les poèmes ? Les romans ? Ces choses qu’on écrit, que d’autres lisent, ces endroits où les inévitables figures paternelles débordent comme les coloriages d’enfant qui ont du mal avec les contours.
Le biographe qui nous a embarqué est un historien d’un genre particulier, il fait du carottage plutôt que de la fresque. C’est mieux pour vendre des raretés aux bibliophiles. Cela affûte l’attention aux choses, aux êtres, aux pépites de l’ombre, ça rend la curiosité contagieuse.
Pourquoi avais-je tiqué sur la phrase qui s’est retrouvée en 4e de couverture ? Et qui dit : Surtout, le voisinage de la beauté a quelque chose de pratique que la pudeur n’avoue jamais, précédé de : À bien peser les choses, il paraît extrêmement judicieux d’habiter un palais. Parce qu’il m’est arrivé de gamberger sur la servitude paradoxale des domestiques, pris aux murs de belles et vastes demeures, entourés des plus belles productions de l’art, lieux d’excellence qui font les manuels d’Histoire et les dépliants touristiques. Ces domestiques, traités avec humanité par leur maîtres, ce qui statistiquement arrive, ont, comme certains névrosés, étrangement beaucoup à perdre à s’affranchir. J’extrapole, bien sûr, la lecture de Lacroix y incite. Omar, comment déjà ? Les siècles se mélangent les pinceaux. Cure-dents ? Bien que singulier, l’objet du rôle-titre est pluriel dans ce récit-stéréo. Qu’il soit d’or ou non, c’est un gage de savoir-vivre. Et c’est quoi, bien vivre ? Revivre ? L’auteur y répond non sans avoir planté des paravents plus vrais que nature dans le décor.
Bien des romans actuels jouent sur la crête qui sépare le réel et la fiction et celui-ci en est un avec un solide socle historique bien exposé à l’air du temps et qui offre des vides réels et providentiels au comblement. L’auteur y a mis son intimité douloureuse et joyeuse. C’est fait avec doigté et des bonheurs d’écriture certains. Détours proportionnés, ajustés, exacts. Par ces temps d’auto-fictions intempestives, on s’avise que c’est bien la dose qui fait le poison.

Le Cure-dent
Jean-Yves Lacroix
Edition Allia, 2008
ISBN : 978-2-84485-283-0
6,10 €

vendredi, novembre 24 2006

''Marnie'' de Hitchcock en ''Origine du monde''

marnie Jeudi 23 novembre, Hitchcock sur Arte. Revoir Marnie, pourquoi pas ? Dès le premier plan du film, je suis saisie. Plus d’excuse, je dois finir un billet qui traine depuis cet été.
Cela a commencé par le blog de l’unversité de Paris I Sorbonne MUCRI sur lequel j’étais tombé par hasard. Une analyse de tableau de Michel Dupré s’attardait longuement sur l’entrebaillement d’une étoffe dans un tableau du peintre danois Vilhelm Hammershøi, un spécialiste hors pair du portrait coté pile ! ham
dali Au même moment, Scanreigh était plongé dans une pile de bouquins sur Dali en vue d’une conférence. Je ne suis pas fan de Dali, mais je feuillète et je tombe sur le Portrait géodésique de Gala, l’épouse exquise, impénétrable.
Les tableaux de Hammershøi et de Dali se téléscopent dans ma tête, et maintenant les images de Marnie. Hitchcock n’a décidément rien à envier aux peintres dans l’art de fusionner le recto et le verso, l’explicite et l’implicite. Faut-il rappeler qui est Marnie ? (Pour les rares qui n’auraient pas vu le film, ne lisez pas, je dévoile la fin) Marnie est une jeune femme kleptomane frigide refoulant une enfance qui fit d’elle le témoin d’une mère prostituée et surtout une meurtrière, pour la sauver d’un client violent. À l’ouverture du film, Marnie surgit à la vue du spectateur en brune anonyme aux cheveux défaits qui s’éloigne vers un point de fuite. Avec le butin de son dernier larcin sous le bras. La clef du film est livrée d’emblée dans une synthèse plastique épurée, magistrale. La jeune femme est jouée par Tippi Hedren, qui quelques plans plus tard se métamorphose en digne héritière de l’impeccable Grace Kelly.

Au répertoire des vues sur chignons, il y a le spiralé de Kim Novak dans Vertigo, très remarqué ; le chignons de Tippi Hedren ne sont pas moins saisissants. Leur complication nodale joue en contrepoint parfait avec son visage lisse aux cheveux tirés. Ils déclinent des circonvolutions arrières et des enroulements vulvesques d’autant plus saisissants que persiste le souvenir du plan d’ouverture sur l’objet que la brune inconnue tient serré contre elle : un sac blond tumescent et verrouillé comme un coquillage (Marnie/marine), … recel de contenus inavouables, dérobés qui dérobent à la vue de tous ce qu’une mère et une fille ont à payer de s’être fait “dé-robées”.

Le sac de Marnie soutient amplement la confrontation avec la peinture dans une vision de l”origine du monde” plutôt jouissive, il me semble, faisant fi de l’écran (fut-il peint par Masson) que Monsieur Lacan, pourtant rompu au problème, imposait à son Courbet.origine

mercredi, septembre 6 2006

Jean-François Sonnet

ocoxoExposition de trois dessinateurs à l’école des Beaux-arts de Belfort. Parmi eux, Jean-François Sonnet sur qui j’ai écrit pour le magazine L’Imbécile. Françoise et moi y avons tenu une quasi chronique entre 2004 et 2006 le temps de sa trop courte vie. La revue était un cocktail d’articles de fond et d’humeur presque exclusivement accompagnés de dessins de presse et d’illustrations de tous styles. La revue portait la marque de son créateur, Frédéric Pajak sur qui je reviendrai. Le titre se voulait “poil à gratter” en lointaine référence à l‘Idiot international de Jean-Edern Hallier sans vraiment remplir le parti-pris satirique. Flou qui n’a pas facilité son positionnement déjà casse-gueule mais qui aurait pu être sa force. Et puis, le rouleau compresseur de la distribution est passé par là.
Extrait de l’article Le dessin rebondissant de Jean-François Sonnet, paru dans L’Imbécile N°11, 2005:
… Dans une vie antérieure, Jean-François Sonnet fut meilleur apprenti de France en école hôtelière. En 1995, à 35 ans, il s’est mis à examiner des reproductions d’art aztèque et maya et à les reproduire par le dessin (en restituant ici ou là le sexe-serpent que des mises en pages pudibondes s’évertuait à censurer). Il a vécu l’épisode comme un décrassage nécessaire pour s’affranchir des restes d’une formation “beaux-hasardeuse” à Lyon. Mais l’alibi cache une réalité plus profonde car Sonnet réalise que le dessin se suffit à lui-même. Lui suffit…
… Jean-François Sonnet raconte une mésaventure qui lui est arrivé il y a quelques années lors d’un job qu’il effectuait dans le cadre du réaménagement du Centre Pompidou. Il utilisait son temps de pause dans les caves du Centre pour dessiner sur de grandes feuilles de papier ; à l’occasion, il lui arrivait même de photographier ses dessins sur les grilles coulissantes de la réserve entre un Dali et un Duchamp. Mais il n’a jamais réussi à sortir ses dessins car, à la suite d’une suspicion de vol, le personnel fit l’objet d’une surveillance accrue et Sonnet ne se voyait pas, à la sortie, expliquer le pourquoi et le comment de ses dessins clandestins. Ceux-ci végètent peut-être encore dans un recoin de l’antre beaubourgeois en attendant de susciter la perplexité du personnel chargé du récolement de la réserve…
“La Vie n’est pas rose”
Frédéric Clavère, Jean-François Sonnet, Benjamin Swaim
Ecole d’Art Gérard Jacot, Belfort
30 septembre - 25 novembre 2006, lundi-samedi 9h/12h et 14h/18h

vendredi, avril 28 2006

Henry Darger

L’été prochain, du 8 juin 2006 au 24 septembre 2006, La Maison Rouge présentera Henry Darger, sans doute un des destins artistiques les plus extraordinaires qui soit ; 40 ans de solitude à produire un monde imaginaire comportant des dessins de plus 3 m de large et 30 000 pages de texte.
Notre rencontre avec Darger remonte à l’été 2001, lors d’un périple en Suisse. Nous hésitions un peu à revoir le musée d’art brut de Lausanne que nous connaissions déjà ; bien nous en valu, car il s’y touve aujourd’hui une salle entièrement dédiée à un ensemble de fresques recto/verso de Darger. Nous avons été bluffés. “Quelques” sites pour voir : Carl Hammer GalleryEdlin GallerySara AyersPage Henry DargerRevue Raw VisionCollection abcdhenrydarger.com
Dès sa sortie en 2002, nous nous sommes procuré le pavé de 722 pages de John Mac Gregor sur Darger. Il s’agit du premier ouvrage de référence en anglais après le catalogue suisse en français de 1996. La lecture de cette étude nous a conforté dans l’idée que Darger, l’ermite urbain de Chicago, n’est pas réductible à un artiste brut malgré d’indéniables évidences. Klaus Biesenbach, conservateur au MoMA, qui a fait figurer les créations (les plus terribles) de Darger aux côtés de Goya et des frères Chapman dans l’exposition Disasters of War (2002) au centre d’art contemporain PS1 de New York, déplore que ce soit le Folk Art Museum de New York qui ait hérité des archives et du centre d’études sur Darger, renforçant ainsi son étiquette d‘outsider.
delano
À l’automne 2002, Scanreigh avait eu l’occasion d’attirer l’attention de Catherine Millet sur Darger. Elle avait publié notre article Willem dessine dans Artpress (N°274) et fut partante pour que nous traitions le sujet. Nos délais s’ajoutant aux siens, l’article sur Darger finit par paraître en avril 2004 (Artpress N°300) illustré entre autres par une scène de torture de petites filles, dont on peut voir ci dessus la partie centrale, environ un tiers du dessin. artpress Beaucoup d’artistes actuels voient en Darger un artiste du 20e siècle. Son influence est d’ailleurs nettement perceptible dans les nouvelles tendances du dessin, avec son cortège inévitable de tics et de mimétismes. Cela mis à part, il est juste et pertinent de retrouver Darger dans un contexte d’art contemporain, ce que fera cet été la fondation d’Antoine de Galbert. Notons que ces dernères années on avait pu voir à Paris quelques œuvres de Darger grâce à la Halle Saint-Pierre et la collection abcd de Bruno Decharme.

(Les images sont extraites du livre Henry Darger, In the Realms of the Unreal, par John Mac Gregor, Delano Greenidge Editions LTC, New York, 2002 ; © 1998 Kiyoko Lerner, droits réservés)

mercredi, mars 8 2006

Willem

Cela fait un moment que Scanreigh chinait d’anciennes éditions des dessins de Willem en étant convaincu que cet univers graphique était à l’étroit dans son statut de dessin de presse. Je me souviens d’une grande exposition à l’Institut néerlandais à Paris où il n’y avait pas grand monde dans les salles et Willem tout seul dans un coin. Il aurait été simple de l’aborder, mais nous avons fait preuve d’une réserve un peu stupide (ça s’est arrangé par la suite puisque nous sommes allés le voir dans sa jolie maisonnette de banlieue parisienne).
Willem revenait souvent à titre d’exemple dans notre critique de la notion d‘art mineur. Puis, il s’est trouvé une occcasion de discuter de cela avec Catherine Millet. Un article sur Willem ? Pourquoi pas. Scanreigh avait pondu dans son coin un texte assez long, un peu bancal dans lequel je retrouvais nos discussions mais aussi des choses qui m’avaient échappé. C’est devenu immédiatement un texte à deux voix dans le droit fil d’une d’écriture commune déjà ancienne, notamment à propos de Duchamp et restée à l’état de notes de lectures, de classeurs de photocopies, le tout aussi copieux qu’inexploitable avec le temps qui passe. Ce qui est cocasse, c’est que c’est l’article sur Willem qui a en quelque sorte récupéré l’énergie emmagasinée. En décembre 2001, paraissait Willem dessine, article de 6 pages dans le numéro 274 d’Artpress. Et aujourd’hui, le dessin est devenu on ne peut plus tendance. L’engouement est tel que ça sent déjà le retour de baton. Mais ne crachons pas dans la soupe et savourons le plaisir d’avoir eu du flair. willem
Notons qu’en ce mois de mars la galerie Art’s factory à Paris ferme ses portes “en beauté” avec Willem et que le Centre Pompidou s’apprête à exposer Willem sur la mezzanine du hall (où l’on a pu voir Reiser). willem La frilosité du Centre qui n’ose pas ouvrir son Cabinet d’Arts Graphiques au 4e étage pour nos contemporains du dessin n’est pas étonnante quand on sait qu’il a refusé d’acheter du Willem il y a quelques années. La proposition d’acquisition émanait pourtant d’un conservateur maison, Didier Ottinger, qui s’est entendu dire que ce type d’acqusition destabilisait la politique des collections. Tiens, tiens, attention aux refus qui fabriquent des cultes. Finalement de passer de Duchamp à Willem, c’est pas si coq à l’âne que ça ! Duchamp a bien débuté par des dessins de presse.

“Willem finit en beauté”, Art’s factory, 48 rue d’Orsel, 75018 Paris jusqu’au 31 mars 2006 et Centre Georges Pompidou de juin à octobre 2006.

dimanche, février 12 2006

Olivier O.Olivier (=OOO)

cahiersll y a encore deux ans, qu’il me le pardonne, j’ignorais qui était Olivier O. Olivier, (OOO). Et puis soudain, je n’entends parler que de lui. Lors d’un vernissage, chez Item à Paris, Frédéric Pajak parle d’une monographie qu’il a en chantier sur lui ; et puis, c’est l’école des Beaux Arts de Nîmes qui tombe en arrêt devant des tableaux de corrida enneigées et veut son exposition.
Puis ça se précipite, Scanreigh et moi, on cherche, on creuse et on se met à pianoter du texte. Comme ceci : fille Elle a les cheveux multicolores, la jeune fille vue de dos. Comme si la soie de sa tenue avait permuté avec le noir de ses cheveux et l’avait soumise à un deuil intempestif. Il suffirait de lui taper sur l’épaule pour être instruit du mystère. Mais le sujet d’un tableau ne se retourne pas, même si c’est La Fille du Teinturier — pardon, du Peintre — que celui-ci se nomme Olivier O. Olivier et qu’il lui a fallu sept ans pour achever le tableau.
Quand il commence à le peindre en 1983, Olivier peint déjà depuis plus de vingt ans. Sa première exposition personnelle remonte à 1973. C’est le triomphe en France de l’abstraction américaine, du minimalisme et du groupe Supports/Surfaces. C’est le début d’Artpress. (…)

Et ces phrases sont le début de l’article Olivier O. Olivier dans l’accalmie du cyclone que nous signons dans Artpress N° 312, mai 2005

Il a fallu pour cela aller voir OOO dans son atelier montparnassien, l’écouter (il parle très bien), regarder toute une vie de peinture, de dessins, de pastels. Comme je l’ai dit, j’aurais pu ne pas m’arrêter à ce travail mais c’est arrivé autrement. Et tout s’articule, tout se complète dans ma tête : Topor, le groupe Panique, le Grand Magic Circus (dont j’ai vu deux spectacles), la BD, le cinéma, tout cet imaginaire refoulé, centrifugé hors de ce qui se désignait art contemporain. Paysage chahuté des années 70, petit moment de glaciation pour certains. OOO a orchestré tout ça à sa manière et ça tangue délicieusement. Faut voir ça :
http://www.zannettacci.com/artistes…
http://www.artpointfrance.info/arti…

• La monographie Olivier O. Olivier Notre monde ou presque est publiée avec un texte de Dominique Noguez dans la collection Les Cahiers dessinés, Buchet-Chastel, octobre 2005, 150 pages (ISBN : 2283021405)

• Exposition Olivier O. Olivier, La Cape et les pics, du 16 février au 13 avril 2006 à la Galerie Sonia Zannettacci, 16, rue des Granges, 4 rue Henri-Fazy, 1204 Genève — http://www.zannettacci.com

• Olivier O. Olivier est représenté par la Galerie de France
54 rue de la Verrerie, 75004 Paris

vendredi, janvier 27 2006

''Les trois jours du Condor '' hier soir à la TV

Voir plus de trente ans après, Les trois jours du Condor de Sydney Pollack (1975), ça fait drôle. Il s’agit de la énième (bonne) version de l’homme qui en savait trop, joué ici par Robert Redford, alias le “Condor”. Ambiance post-Watergate. Le héros découvre que son employeur, la CIA, est pourrie de l’intérieur ; impliquée dans des jeux troubles au Proche-Orient. Pétrole, of course.
Le film a bien sûr pris une patine particulière depuis les deux “interventions” militaires US au Proche Orient. Et certains aspects s’en trouvent extrapolés de manière saisissante. Par exemple, ce personnage appelé Joubert, un free-lance chargé des basses besognes de la CIA. Il n’est d’aucun bord et ne fait que ce qui est stipulé par contrat. Ce Joubert, originaire d’Alsace-Lorraine, mix de francité et de germanité joué par l’ex-Suedois Max von Sydow condor représente un curieux condensé d’Europe, un “allié” courtois, sans morale ni états d’âmes, efficace, réglo en affaires, sur lequel la CIA (les USA) peut compter mais sans avoir prise sur lui. Le bonhomme peut à tout moment vous filer entre les doigts (ne pas vous suivre dans une guerre contre l’Irak, par exemple, faire votre procès quand bon lui semble, voire même vous faire la leçon.) C’est ce que fait Joubert. Après résiliation in extremis d’un contrat visant à éliminer le “Condor”, il lui prodigue très confraternellement le conseil d’aller se réfugier en Europe. Mais le “Condor” préfère le patriotisme risqué à l’étrange confort européen, apatride, de son interlocuteur.
Autre exemple : le métier qu’exerçait le “Condor” auprès de la CIA. Il était chargé d’éplucher toutes sortes de documents, y compris des œuvres de fiction, pour détecter d’éventuelles “fuites” de la CIA. Également — et ce sera son piège — de faire de la prospective sur les écueils susceptibles d’entraver l’action de l’éminente agency, sur la marche du monde en général, les futures missions qui pourraient incomber à la CIA. Le tout avec vue imprenable sur le World Trade Center. Les Twin Towers sont là majestueuses, exclues de tout calcul de probabilité. Leur présence, désormais spectrale, réécrit le film en dissolvant de manière imprévue le héros positif et ce sur quoi reposait sa force : l’imagination et la capacité de déduction.
condor

jeudi, janvier 19 2006

La bonne mine du crayon dans "Télérama", quatre ans après "Drawing Now" à New York

telerama Dossier sur le dessin dans le dernier Télérama de janvier 2006 nº 2923. J'avais des échos, Catherine Firmin-Didot était venue enquêter à Nîmes, l'école des Beaux-Arts ayant fait du dessin son étendard. Elle cite deux fois des propos de Scanreigh où je ne reconnais pas tellement sa manière de parler. Ça surtout : "Constamment des excroissances viennent se coller sur le grand ensemble des beaux-arts et le modifie, évitant les dégénérescences de consanguinité".
En revanche, quand elle dit que "certains" invoquent "Drawing Now" l'expo de New York de 2002, j'entends cert-un, tellement Scanreigh a martelé à qui voulait bien l'entendre l'existence de ce retour en grâce américain du dessin.
Télérama joue parfaitement la symbiose avec le net en renvoyant le lecteur de l'article sur son site pour voir une vidéo de l'excellent Emmanuel Guibert. Au détour de ses phrases, Guibert donne de jolies et très justes définitions du dessin :
"adjuvant de vie"— "discipline de bodybuilding "— "savoir où en est"— "alibi pour vivre mieux"—"être plus attentif"— "mieux vieillir"
Dessinant dans le métro il parle des voyageurs qui se lèvent et "emportent leur visage"
L'autre ne sait pas assez combien il donne et reprend son image.